Légendes inuit
Comme dans tout folklore, il existe typiquement un croisement entre les mondes naturel et surnaturel. Beaucoup de ces récits peuvent sembler finir cruellement, mais leurs leçons sont importantes quant à la survie. Beaucoup de ces histoires sont destinées aux enfants, les adultes leur enseignant ainsi par l’exemple plutôt qu’en les punissant ou en les réprimandant.
Frère Lune et soeur Soleil
Une histoire racontée par Victoria Mamnguqsualuk lors d’une entrevue réalisée par Bernadette Driscoll (d’abord traduite en anglais par Thomas Iksuraq)
Les gens assistaient à une danse du tambour. Une fillette s’est cachée, seule, dans un iglou. Pendant qu’elle était dans l’iglou, quelqu’un est entré, a soufflé la lampe, lui a tiré les cheveux et est sorti en courant. Voulant savoir qui avait fait cela, la fillette a mis de la cendre dans ses cheveux et a attendu.
D’après le reste du conte, le mystérieux visiteur revient et met de la cendre sur ses mains. Lorsque la fillette se rend à la salle de danse, elle constate que la personne marquée est son frère. Fâchée, la fillette saisit un flambeau et se sauve en courant. Son frère saisit aussi un flambeau et part rapidement à la poursuite de sa soeur. Ils courent tous les deux si vite qu’ils s’envolent dans les airs, où la fillette devient le soleil et son frère, dont le flambeau s’était éteint, devient la lune.
Kajutaijuq, le mauvais esprit qui vient
Une histoire racontée par Davidialuk lors d’une entrevue réalisée par Mary Palisar, qui l’a traduite.
Un camp en migration a dû laisser derrière quelques personnes qu’on viendrait chercher plus tard au moyen d’attelages de chiens. Les gens restés sur place ont fini par en avoir assez d’attendre. Affamés, ils ont décidé de se rendre à pied au nouveau campement. Un garçonnet et une fillette se sont rendus à toute vitesse jusqu’à l’un des iglous vides, dans l’espoir d’y trouver quelques restes de nourriture. Ils ont découvert quelque chose d’étonnant alors qu’ils cherchaient de la nourriture.
La créature étonnante que les enfants ont découverte était Kajutaijuq. Cette dernière est un énorme esprit de sexe féminin qui n’a pas de corps. Elle possède une énorme tête reposant sur deux courtes jambes se terminant par trois orteils. Elle avait la réputation de créer du tonnerre en marchant, de dévorer des Inuit qui n’étaient pas conscients de sa présence et de se frapper contre des choses (même d’enfoncer le mur des iglous) en plein milieu de la nuit. On dit que des cognements, des outils brisés et des bruits inexplicables sont des preuves de sa présence.
La légende de Sedna
Une famille qui ne voulait plus subvenir aux besoins de sa fille célibataire a amené cette dernière en bateau. Lorsqu’une tempête s’est élevée, les membres de la famille ont jeté la fille par-dessus bord. Essayant de se sauver, Sedna s’est agrippée à la paroi du bateau aussi solidement qu’elle le pouvait. Incapable de lui faire lâcher prise, son père a pris son couteau et lui a coupé le bout des doigts, à la première articulation. Les bouts de doigts sont tombés à la mer, devenant des phoques. Comme Sedna ne lâchait pas prise, l’homme lui a coupé les doigts à la deuxième articulation. Tombant à la mer, ces bouts sont devenus des morses. Sedna s’agrippait désespérément à la paroi du bateau, mais son père lui a coupé ce qui lui restait de doigts, ces bouts devenant des baleines. Sedna est alors tombée de la paroi du bateau et a coulé dans la mer. C’est là qu’elle habite, en tant que mère de toutes les créatures de l’océan.
Kivioq
Une histoire racontée par Kuvdluitsoq lors d’une entrevue avec Knud Rasmussen, qui l’a traduite.
Kivioq est un Inuk aventurier qui voyage à travers l’Arctique en affrontant diverses difficultés, tant réelles qu’imaginaires. Kivioq est un homme qui a de nombreuses vies. Il a figuré comme héros dans un grand nombre de légendes inuit et il a participé à de nombreuses aventures en compagnie de créatures vivant dans l’Arctique. Cette histoire-ci nous raconte la formation de la glace, dans les mers de l’Arctique.
La veuve to’talik a vêtu son fils nouveau-né de la peau d’un phoque qui n’était pas né. Elle lui a enseigné à retenir son souffle dans un seau d’eau jusqu’à ce qu’il puisse le retenir suffisamment longtemps. Un jour, elle a envoyé son fils, transformé en phoque, devant les kayaks. Elle lui a dit de mener les kayaks à la mer et, lorsqu’ils seraient assez loin, elle provoquerait une tempête.
Une tempête s’est élevée quand les kayaks ont été assez loin dans la mer et tout le monde s’est bientôt noyé, sauf Kivioq. Entraîné loin de sa course par la tempête, ce dernier est parvenu à une terre qu’il ne connaissait pas. Il a alors vu une maison sans toit ni fenêtre. Il a laissé son kayak au bord de la plage, pour pouvoir s’enfuir rapidement. Il a grimpé sur la maison et a vu une vieille sorcière en train de tanner une peau d’humain. Kivioq a craché et la sorcière a essayé de regarder en haut. Ses paupières étaient si grosses qu’elles sont retombées sur ses yeux quand elle a levé la tête. Elle se demandait comment il se faisait que le toit de la maison coulait alors qu’il n’y avait jamais eu de fuite auparavant.
Quand Kivioq a craché à nouveau, elle a pris son ulu et s’est coupé les paupières. Elle a alors vu Kivioq. Ses yeux étaient si épouvantables qu’un homme pouvait mourir en la voyant. Elle l’a invité à entrer pour faire sécher ses vêtements, qu’elle a accrochés à un étendoir à linge. Elle est allée dehors pour trouver du combustible pour le feu, ayant l’intention de manger Kivioq. Resté seul, ce dernier a aperçu de nombreuses têtes de mort, un peu partout. L’une d’elles s’est mise à parler et l’a averti de s’échapper, sinon il se ferait également tuer.
Quand Kivioq est allé chercher ses vêtements sur l’étendoir à linge, ils ont disparu. Heureusement, son esprit guérisseur est entré en volant et lui a remis ses vêtements.
La sorcière l’a vu partir. Elle a couru jusqu’à l’eau pour l’attraper mais ne pouvant pas l’atteindre, elle a tranché un rocher en granite à l’aide de son ulu aussi facilement que si cela avait été de la viande. Mais Kivioq a lancé son harpon contre une roche et l’a fracassée. Il l’a avertie qu’il aurait pu la harponner de la même façon. Elle lui a demandé de l’épouser, mais il a refusé. Elle était tellement enragée contre lui qu’elle lui a lancé son ulu et a transformé toute l’eau en glace.
L’oie et le faucon
Un faucon aux pattes rugueuses voulait depuis longtemps épouser une oie blanche. L’oie n’était cependant pas d’accord avec le faucon. Ce dernier s’est dit, ‘Je vais simplement planer.’ En effet, lorsqu’elles voyagent là où il n’y a pas de terre ferme, au-dessus de la mer, les oies blanches amerrissent pour se reposer. Ayant épousé l’oie, le faucon a commencé à suivre les oies. Il n’était cependant pas comme ces dernières, étant plus lent et n’étant pas un oiseau aquatique. Les oies, quand elles étaient fatiguées, amerrissaient. Il planait alors, parce que lui aussi était fatigué, mais il ne pouvait pas amerrir. Au lieu de cela, il s’est agrippé aux plumes, sur le dos de l’oie blanche. Malheureusement, il est tombé à la renverse, dans l’eau.
Voilà le malheur qui est arrivé au faucon.
Les fréquentations du hibou et du lagopède
Ukpik, le grand hibou du désert arctique, est devenu amoureux d’Aqilgieq, le petit lagopède blanc. Aqilgieq avait cependant déjà un mari qu’elle aimait beaucoup. Ukpik a donc tué son rival et se pavanait autour du lagopède pour lui faire la cour. Aqilgieq ne s’intéressait pas à ce nouvel amant et ne faisait que pleurer son mari perdu. Elle a alors commencé à chanter une chanson moqueuse de malheur:
Ukpik, va-t-en,
avec ta grosse tête,
tes yeux sont si grands,
et tes jambes sont si courtes,
tu es laid!
Qui voudrait de toi pour mari?
Qui voudrait de toi pour mari?
Quelqu’un comme toi
qui a des sourcils tricotés
et de grandes paupières comme ça!
Gros et court
tu n’as ni jambes ni cou
Ukpik, qui se croyait fort beau, est devenu furieux. Il a chanté à son tour:
Tu es une mangeuse de hiboux
je te laisse maintenant!
Il l’a quitté et s’est envolé. C’est la fin
La légende de Lumak
Lumak, un garçon aveugle, vivait avec sa mère, sa soeur et leur chien Ukirk. Un jour, un ours polaire est apparu à l’extérieur de la fenêtre de l’iglou. La mère de Lumak a alors remis un arc au garçon et l’a amené à la fenêtre (laquelle était devenue un trou, le panneau de glace étant tombé) et lui a dit de tuer l’ours. Lumak a atteint l’ours d’une flèche. Ce dernier a laissé échapper un grognement avant de se mettre à errer et de mourir. Se tournant vers Lumak, sa mère a dit, ‘Tu as tué Ukirk! Tu as tué le chien!’ Mais Lumak savait avoir tué l’ours, l’ayant entendu grogner.
La mère et la soeur de Lumak ont laissé ce dernier dans l’iglou et sont allées construire un nouvel iglou, près de l’endroit où l’ours était mort. La mère a envoyé la soeur apporter un peu de viande à Lumak en lui demandant de dire que c’était de la viande de chien. En mangeant la viande, Lumak savait que c’était de la viande d’ours polaire, mais il n’a rien dit. Tous les deux ou trois jours, la soeur apportait de la viande à Lumak, la mère demandant chaque fois de dire que c’était de la viande de chien. Avec le temps, le vieil iglou a commencé à s’effondrer autour de Lumak, ce dernier restant assis, seul et affamé.
Un jour, un huard est apparu et a dit à Lumak de l’accompagner jusqu’à l’eau. Une fois rendu là, le huard a dit à Lumak de s’agripper à lui quand il plongerait et de ne pas bouger tant qu’il ne manquerait pas d’air. Lumak a fait ce que le huard lui avait demandé. Le huard a plongé dans l’eau et a nagé longtemps. Il a refait surface juste au moment où Lumak allait manquer d’air. Il a ensuite plongé deux autres fois, refaisant surface seulement quand Lumak manquait d’air. Quand ils ont fait surface la troisième fois, Lumak a recouvré la vue.
Retournant là où vivaient sa mère et sa soeur, il a prétendu être toujours aveugle. Il a indiqué qu’il pourrait attraper une baleine, avec l’aide de sa mère. Une fois arrivé au rivage, Lumak a préparé son harpon et sa ligne. Il a demandé à sa mère d’attacher la ligne autour de sa taille à elle, pour qu’elle puisse l’aider à sortir la baleine de l’eau une fois qu’il l’aurait harponnée. Elle a fait ce qu’il lui demandait. Bien que sa mère lui ait crié chaque fois qu’elle voyait une petite baleine, Lumak a attendu. Enfin, quand il a vu une grosse baleine, il a lancé son harpon de toutes ses forces. Cependant, au lieu d’aider sa mère à tirer sur la ligne, Lumak est resté en arrière et a laissé la baleine entraîner sa mère dans l’océan.
LEGENDES
Tupilak, une légende Inuit
Au Groenland, la légende du tupilak (ou tupilaq) fait partie des mythes anciens de la culture locale. Il s'agit d'un monstre, sorte de Frankenstein ancestral, qui serait composé de morceaux d'humains ou d'animaux morts et qui incarnerait l'esprit du mal.
D'après la légende, les initiés à la sorcellerie lui donnent vie en recueillant les ossements, en les attachant ensemble, en chantant des paroles rituelles au dessus du corps pour lui insuffler la vie. Le tupilak est alors prêt à être envoyé au loin pour tuer un ennemi. Le tupilak plonge alors dans l'eau glacée pour passer inaperçu et surprendre sa victime. Le tupilak n'a qu'une faiblesse. S'il s'attaque à quelqu'un qui possède de plus grands pouvoirs que celui qui l'a créé, sa puissance de destruction peut alors être retournée contre l'envoyeur !
Au Groenland, personne n'a jamais trouvé un vrai tupilak. Lorsque les premiers Européens sont arrivés sur le continent glacé, ils ont pris connaissance de la légende et ont voulu en savoir plus. La population locale leur a alors montré des exemplaires, inoffensifs, de tupilak découpés avec du bois et de la peau. Une tradition qui perdure encore à l'Est du Groenland. Depuis le milieu du 20e siècle, les Groenlandais forment les tupilaks avec l'ivoire des cachalots. Lorsque la loi sur les espèces en voie de disparition a été instaurée, elle a limité l'usage d'ivoire de cachalot. Les défenses de narval et de morse ont alors été choisies pour devenir la matière principale du tupilak.
Le tupilak, en tant que mythe ancien de la culture groenlandaise, est donc aujourd'hui l'une des pièces maîtresses de l'artisanat local. Représenté par de petites figurines taillées, il est vendu comme souvenir. Chaque exemplaire est unique et sculpté pour incarner au mieux ce serviteur des esprits du mal...