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Arsaaniit (les aurores boréales)

August 7th, 2008

Le texte qui suit est extrait de l’Encyclopédie inuit de Mitiarjuk, rédigée entre 1965 et 1967 par Mitiarjuk Napaaluk, Inuk originaire de Kangirsujuaq au Nunavik.

Autrefois, dit-on, les aurores étaient habituellement un objet de grande frayeur. Les voyageurs en traîneau qui voyageaient la nuit, quand il y avait de grandes et fréquentes aurores boréales, du fait que les aurores boréales ne pouvaient plus rester en arrière d’eux, coupaient un morceau d’oreille à leurs chiens ; en la faisant saigner, on en faisait une protection contre une attaque à venir.

S’ils n’enlevaient pas une oreille à un chien, la conséquence serait que les Inuit qui voyageaient en traîneau la nuit seraient décapités par les aurores.

Ces aurores boréales, dit-on, se servaient de têtes humaines comme ballon ; c’est parce qu’elles jouent au football qu’elles ont l’habitude de se déplacer la nuit comme on les voit très bien faire. Du fait qu’elles se servent de têtes humaines, les aurores boréales dégagent une odeur, dit-on.

C’est ainsi que ne voulant pas subir un tel traitement, les voyageurs auraient l’habitude de couper un morceau d’oreille à un chien.

[texte retranscrit et traduit par B. Saladin d’Anglure, avec l’aide du R.P. Lucien Schneider]

L’Encyclopédie inuit de Mitiarjuk, a été rédigée en inuktitut pour l’anthropologue Bernard Saladin d’Anglure ; mais ce texte ne fut jamais publié.

Un extrait a été présenté dans la revue culturelle des Inuit du Nunavik Tumivut et parle de croyances anciennes en regard des phénomènes célestes, notamment des étoiles et de la prévision météorologique.

 

Référence :

Mitiarjuk Napaaluk, 1993, «Encyclopédie Inuit de Mitiarjuk» in Tumivut, atuagait inuit nunavimmiut iluqqusinginnuangajut/ Tumivut, the cultural magazine of the Nunavik Inuit/ Tumivut, la revue culturelle des Inuit du Nunavik, 4-ukiuq/n◦ 4, winter/n◦ 4, hiver, pp. 17.

 

Au Sujet de l’Inuktitut et de l’Art

July 31st, 2008

Je me réfère à nouveau à Minnie Aodla Freeman dont j’ai déjà cité un extrait de texte la semaine dernière, pour parler de l’inuktitut (langue inuit) et de l’art.

Nous autres, Inuit, nous nous sommes adaptés et nous avons adopté bon nombre de mot pour décrire certains aspects de notre monde en mutation. Très souvent, nous forgeons un mot qui n’existe peut-être pas dans notre langue pour exprimer quelque chose d’une autre culture. Par exemple, il n’existait pas de mot pour dire « art » en inuktitut. Cela ne veut pas dire que l’art inuit n’existait pas, mais c’étais une chose sérieuse, autrefois. Jadis, les Inuit faisaient des amulettes, des ornements pour le corps et du matériel de chasse, ainsi que des répliques d’objets de la vie courante qu’ils attachaient à leurs vêtements. Une grande partie de l’art traditionnel était exécuté pour des enterrements. Ces objets étaient pris au sérieux.

Aux yeux des Qallunaat [non Inuit], l’emploi par les Inuit de certains charmes peut ne pas paraître très sérieux. L’art traditionnel servait en brande partie à chasser les mauvais esprits ou à porter bonheur lorsqu’un événement survenait, à encourager une jeune personne à être brave et aussi à conduire les morts vers les bons esprits, pour éviter que leur esprit ne flotte dans le néant. On confectionnait fréquemment un charme pour un nouveau né. On en faisait aussi pour resserrer des liens particulièrement étroits. Certains de ces usages sont encore très courants aujourd’hui, en particulier le dernier. Ce n’est que lorsque les Qallunaat ont découvert cet art traditionnel que c’est devenu de l’ « art ».

Aujourd’hui, le mot titirtugait fascine beaucoup les Inuit tels que moi. C’est le mot qui désigne « la gravure ». Les Inuit de Cape Dorset sont d’avis que ce peut être tout autant un mot traditionnel qu’un mot moderne. Ils croient qu’il a été forgé au cours des années cinquante, lorsque la gravure a été introduite et que quelqu’un a essayé de traduire le mot « pochoir ». Ils croient également que c’est un mot qui était tombé en désuétude et qu’on a repris. Les Inuit croient également qu’il désignait autrefois l’écriture pictographique sur des peaux et des défenses. Mais ce qui est important, c’est que tous les Inuit savent ce qu’il signifie aujourd’hui. Pour moi, c’est nu mot dont on débattra pendant des années. C’est comme le mot

Qallunaat. Qallunaat ne signifie pas « les Blancs », il peut signifier soit « les gens aux beaux sourcils », soit « les gens qui ont de beaux objets manufacturés ».

 

Référence ;

Minnie Aodla Freeman, “Introduction” in Odette Leroux (ed.), 1995, Femmes artistes Inuit, Echos de Cape Dorset, Hull : Musée Canadien des Civilisations, pp. 15-16.

 

 

Femmes Artistes Inuit

July 25th, 2008

Cette semaine, je voulais partager avec vous l’extrait d’un texte écrit par Minnie Aodla Freeman, femme inuit, auteur et traductrice accomplie : 

Bien que je ne sois ni artiste ni célèbre, j’ai fréquenté ces artistes [à  Kinngait] en tant qu’auteure inuit. […] Les femmes artistes sont toutes nées là ou dans les campements isolés. Toutes les artistes ont été élevées dans le respect des valeurs traditionnelles, mais leur adaptation à la société moderne les rend remarquables. Pourquoi est-ce que je dis qu’elle les rend ainsi remarquables ? Parce que tout au long des années où j’ai vécu dans le Canada méridional, je n’ai pas vu d’autre culture  qui se soit adaptée aussi soudainement à une autre, survivant à toutes ses faiblesses, aux mauvaises influences, et aux maladresses des gens bien intentionnés. Malgré l’introduction soudaine de nouveaux modes de vie, les femmes inuit sont demeurées telles que les avait formées leur culture traditionnelle. Elles sont restées patientes, polies, généreuses et toujours agréables à regarder, le visage souriant. Le sourire est particulièrement important dans la culture inuit ; il peut tout dire sur la personne qu’il l’arbore. […] 

Il n’est pas facile de s’adapter à une nouvelle culture si l’on ne s’intéresse pas beaucoup à son nouvel environnement. Au fil des ans, j’ai vu des Inuit s’efforcer de préserver leur culture alors que des gens d’autres cultures négligent la leur, leurs propres origines. Certains le font pour se faire accepter par leurs paires. 

La renommée n’est pas montée à la tête de ces artistes. Elles auraient simplement eu l’occasion de se prendre pour  d’autres. Bien sûr, elles sont fières de ce qu’elles ont fait. Certaines d’entres elles se sont rendues à l’étranger pour des expositions, et certaines ont voyagé un peu partout au Canada. Quelques une ont installé des peintures murales dans des grandes villes. Mais elles ne prétendent pas être autre chose que ce qu’elles sont. Elles accordent une grande importance à la culture traditionnelle. Elles ont en même temps beaucoup de respect pour la nouvelle culture qui est apparue dans leur communauté au cours des cinquante dernières années. 

Minnie Aodla Freeman a occupé divers postes dans les médias et la fonction publique. Elle a notamment été rédactrice adjointe de l’Inuit Today Magazine, conseillère culturelle autochtone et narratrice pour la Société Radio Canada à Toronto ainsi que secrétaire générale aux revendications territoriales d’Inuit Tapirisat du Canada. Elle a également étét gestionnnaire-productrice de l’Inuit Broadcasting Corporation à Ottawa, organisation dont elle fondatrice, et a donné des conférences à l’University of Alberta, l’University of Western Ontario, le Memorial University et l’Arctic College à Iqaluit. 

Référence :

Minnie Aodla Freeman, “Introduction” in Odette Leroux (ed.), 1995, Femmes artistes Inuit, Echos de Cape Dorset, Hull : Musée Canadien des Civilisations, pp. 14-17.

 

Paroles d’artistes

July 17th, 2008

Kanaginak Pootoogook : « Nous aimons conserver notre culture par l’intermédiaire des sculptures et des gravures. Ces œuvres d’art sont d’une grande valeur : elles parlent du passé. » (1)

Pitaloosie Saila : « On ne fait pas que dessiner […] on s’exprime. C’est aussi un mode de vie, une partie de la vie. La vie est parfois difficile […] il faut pouvoir s’exprimer. L’art nous permet de le faire en partie. […] Je fais simplement ce que je sais faire le mieux. » (2)

Qaumak Mikkigak : « On se sent bien quand on est satisfait  de ses sculptures, surtout quand les gens aiment. Là, on sait qu’on peut faire une bonne sculpture toutes les fois qu’on en commence une. »   (3)

Kenojuak Ashevak : « J’ai un style de dessin  qui n’appartient à personne d’autre qu’à moi. Il est à moi et il m’appartient et les gens peuvent essayer de le copier mais ils n’y parviennent pas. Ce serait difficile d’exprimer comme je désire peu imiter le travail de quelqu’un d’autre. Je n’ai aucun désir au monde de le faire. En même temps, je n’ai pas vraiment envie que mon style, dont j’ai le sentiment qu’il m’appartient, soit imité par n’importe qui d’autre.  J’ai le sentiment que c’est juste. Je ne vais pas copier quelqu’un d’autre. » (4)

Kananginak Pootoogook  : « Je ne peux jamais commencer à dessiner à moins que je n’aie quelque chose en tête. Je commence à dessiner seulement quand je vois clairement les images dans ma tête. Je n’aime pas vraiment les dessins qui sont trop colorés. Ce que j’aime vraiment, c’est quand les couleurs sont assorties ou sont presque les mêmes – quand les couleurs ressemblent à la réalité. » (5)

Taqialuk Nuna : « J’aime beaucoup sculpter quand je ne chasse pas. Je fais de la sculpture depuis une dizaine d’année. J’ai réalisé mes premières pièces quand j’étais un jeune garçon, je devais avoir à peu près huit ans.  Je regardais faire mon père, mais je ne sculptais pas beaucoup parce que j’allais à l’école  et que je devais travailler. […] J’ai appris à envisager mon œuvre d’après les formes que je vois dans la pierre […] sans trop penser au résultat final. Quand je sculpte, je m’inspire de la forme qui naît à mesure que je dégrossis la pierre. » (6) 

Références :

(1) Jean Blodgett (éd.), 1991, C’est ainsi que nous faisons à Cape Dorset : trois décennies de gravure inuit, Kleinburg : McMichael Canadian Art Collection, p 115.

(2) Odette Leroux (ed.), Femmes artistes Inuit, Echos de Cape Dorset, Hull : Musée Canadien des Civilisations, 1995, p. 27.

(3) Ibid., p. 25.

(4) Jean Blodgett, 1985, Kenojuak, Toronto : Firefly Books, p. 74-75.(5) Dorset Fine Arts (ed.), 2007, Cape Dorset Print : A retrospective. Fifty Years of Printmaking at the Kinngait Studios, Toronto : éd. Pomegranate, p. 184-185.

(6) Department of Indian Affaires and Northern  Development (Canada)/Ministère des Affaires Indiennes du Nord Canadien, 1997, Transitions. Contemporary Canadian Indian and Inuit Art / L’art contemporain des Indiens et des  Inuit du Canada, p.48.

 

Création Artistique à Kinngait, Nunavut

July 11th, 2008

La communauté (le village) de Kinngait se situe sur la côte sud ouest de l’Ile de Baffin, sur la Péninsule de Foxe de l’Ile de Baffin, dans le territoire du Nunavut (Arctique canadien). 1236 personnes y vivent (Statistiques Canada 2006), incluant environ 95% d’Inuit et 5% de Qallunaat (non Inuit).  

Les Qaalunaat utilisent généralement le nom anglais « Cape Dorset » pour parler de la communauté, au lieu d’employer son nom Inuit : Kinngait qui signifie en inuktitut « les montagnes ». 

La municipalité de Kinngait est bien connue sur la scène internationale comme le centre de création artistique le plus réputé de l’Arctique canadien. Kinngait a été la première communauté de l’Arctique canadien à produire des dessins et des estampes ; le programme d’arts graphiques a été lancé en 1956.  

La West Baffin Eskimo Co-operative  a été fondée en 1959 par les Inuit eux-mêmes pour contrôler la diffusion des œuvres hors du territoire Inuit et redistribuer localement le bénéfice des ventes. Au cours des cinq années suivantes, vingt co-opératives ont été établies à travers l’Arctique canadien, depuis Kinngait à l’est jusqu’à Ulukhaqtuuq (Holman) à l’ouest. Il y en a aujourd’hui trente-cinq dont un petit groupe mène encore aujourd’hui des programmes artistiques. 

La production artistique – comme le dessin, l’estampe ou la sculpture – a été développée à Kinngait avec succès, tant grâce à la volonté et à l’enthousiasme des artistes Inuit que grâce à la présence de Alma et James Houston de 1951 à 1962 et de celle de Terry Ryan, d’abord comme conseiller artistique en 1960, puis comme manager général de la West Baffin Eskimo Co-opérative de 1962 à 2001. La Dorset Fine Arts a été établie à  Toronto en 1978 en tant que division marketing  de vente de la West Baffin Eskimo Co-operative. 

Plus de trois générations d’artistes ont produit des sculptures, des dessins et des estampes à Kinngait. Depuis 2005, plus d’une douzaine d’artistes de Kinngait ont été élus membres de l’Académie canadienne Royale d’Arts : Abraham Etungat, Pitseolak Ashoona, Pauta Saila, Kenojuak Ashevak, Osuitok Ipeelee, Kananginak Pootoogook, Mayureak Ashoona, Kiawak Ashoona, Paulaussie Pootoogook, Toonoo Sharky, Pitaloosie Saila, Aqjangajuk Shaa et Oviloo Tunnillie. 

Aujourd’hui, la création artistique et la vente des œuvres représentent pour les habitants de Kinngait une source de revenus majeurs ; mais plus encore, les œuvres d’art agissent comme des supports de la mémoire et des récits des aînés pour les générations futures.  

Davantage de détails sur ce site:   www.dorsetfinearts.com

 

Mère et Enfant : un thème peu représenté dans la sculpture inuit

July 4th, 2008

 La représentation d’une mère et son enfant n’est pas un sujet fréquent dans l’art inuit, à l’inverse de l’art qallunaat (non Inuit) où il apparaît dans les représentations religieuses comme profanes. Ce thème reste relativement récent dans l’histoire de l’art inuit, bien qu’il soit davantage présent dans les arts graphiques contemporains que dans la sculpture. 

Autrefois, la représentation miniature de personnages humains (inunnguaq en inuktitut) consistait seulement en la confection d’amulettes chamaniques et de jouets pour les enfants, sous forme de petites sculptures d’ivoire ou d’os et de poupées en peaux. Ce n’est qu’à partir des années 1950 avec le lancement des programmes artistiques en Arctique que la sculpture de personnages en pierre prend de l’ampleur.  

Le plus souvent, les personnages sculptés dans la pierre sont des chasseurs de petite dimension, avec ou sans  gibier. Ce sujet est particulièrement répandu, d’autant plus que les artistes sont avant tout des chasseurs, autrefois comme aujourd’hui. Leurs créations artistiques s’inspirent de leurs propres expériences. 

Les femmes inuit s’impliquent également dans la production artistique : si autrefois elles se consacraient davantage au dessin, à la tapisserie ou à la confection de vêtement, les femmes des communautés arctiques veulent diversifier leurs activités tout en augmentant leurs revenus et certaines commencent à sculpter….. C’est ainsi que des thématiques iconographiques nouvelles apparaissent avec des sujets plus féminins tel que le thème de la maternité et de la mère à l’enfant ou les activités féminines dans les campements.  

Assise ou debout, la mère est presque toujours représentée avec son enfant dans le capuchon de son amauti (veste féminine): seule la tête du bébé est alors visible. Il s’agit d’un symbole identitaire très fort puisque l’amauti reste le vêtement féminin traditionnel par excellence, dans une société où la maternité est très valorisée. Ce mode de représentation est le plus courant, même si parfois, la mère porte son enfant dans ses bras ou lui tient la main si celui-ci est plus grand. 

Le thème de la mère et son enfant est l’un des sujets favoris de Mary Usutsiaq, originaire de Kinngait. Mais notons que les artistes qui sculptent le thème de la maternité ne sont pas exclusivement des femmes : Bobby Aupaluqtuq, jeune sculpteur originaire de Inujjuaq, représente notamment ce thème parmi d’autres. 

 http://www.inuitartzone.com/fr/artistes/210/bobby-aupaluktuk/oeuvres/ 

 

Nouvelles Collections d’Estampes 2008 de Kinngait, Panniqtuuq et Qamanittuaq

June 28th, 2008

Trois collections d’estampes ont récemment quitté les ateliers d’art du Nunavut et sont disponibles à la vente dans les galeries d’art inuit : la collection 2008 du Printemps de Kinngait (the Kinngait 2008 Spring Print Release), la collection annuelle 2008 de Panniqtuuq (the Panniqtuuq 2008 Annual Print Collection) et le Portefolio 2008 de Qamanittuaq (the 2008 Qamanittuaq Print Portfolio).  

Kinngait, collection d’estampes du printemps 2008 

Depuis sa première collection d’estampes réalisée à l’atelier de Kinngait en 1956, les artistes graphiques - dessinateurs et maîtres-graveurs – exécutent chaque année une collection annuelle d’estampes ainsi qu’une collection printanière. La collection de Kinngait du Printemps 2008 a été présentée au public la semaine dernière. Elle réunit neuf œuvres réalisées par sept artistes talentueux : Qavavau Mannumi, Itii Putuguq, Arnaqu Ashevak, Suvinai Asuna, Jutai Tunu, Tiivi Ningiukuluk, Kinialli Siasi.   

Quelques artistes contribuent pour la première fois à la collection d’estampes de Kinngait. Chacun révèle son propre style avec une iconographie contemporaine, partageant ainsi leur propre vision du monde. Les sujets représentés traitent du mode de vie contemporain inuit telle que la religion chrétienne, les vêtements actuels ou la musique. 

Panniqtuuq, collection annuelle d’estampes 2008 

Treize estampes constituent la collection 2008, réalisée par neuf artistes : Abigail Uutuuva, Julli Atagujuq, Lypa Pitisulak, Gabriel Bourassa, Ilisapi Usulutaq, Jusia Maniapik, Giitalu Akulukjuk, David Amstrong et Andrew Qappik. Pour cette collection, les artistes s’inspirent avec sensibilité des savoirs traditionnels, en lien avec le chamanisme, les mythes, le gibier et leurs expériences individuelles. Trois pratiques ont été utilisées pour la réalisation de la collection : l’eau forte, le pochoir et l’impression en relief. 

A Panniqtuuq, les dessinateurs et les maîtres-graveurs se sont impliqués dans l’estampe dès 1974, à l’ouverture de l’atelier d’art. Mais une nouvelle époque a débuté dans la gestion et le développement de l’art et de l’artisanat en 1991, avec l’ouverture de l’Uqqurmiut Centre for Arts & Crafts.

Qamanittuaq, Portefolio d’estampes 2008  

La réalisation de la collection d’estampes 2008 de Qamanittuaq présente dix nouvelles œuvres par des artistes accomplis et émergeants. Combinant le style traditionnel des collections passées depuis 1970 avec une approche novatrice et originale, cette collection révèle les œuvres de Daren Itkilik, Thomas Iksiraq, Tony Angualluq, William Noah, William Manirnaluk, Philippa Iksiraq, Matthew Nanauq, Myra Kukiiujaut, Jimmy Kamimmalik, Irene Avaalaaqiaq.

En dépit d’un incendie en 1977 qui a détruit l’atelier d’estampe et l’intégralité de la collection de l’année suivante et malgré la fermeture de l’atelier en 1990 en raison de difficultés financières, des efforts pour relancer la production d’estampes à Qamanittuaq en 1996, soutenus par le Nunavut Arctic College, ont permis la réalisation de nouvelles collections d’estampes.

Pour voir les nouvelles collections d’estampes, visitez ces sites :

Kinngait : http://www.dorsetfinearts.com/specialreleases.html  

Panniqtuuq : http://www.uqqurmiut.com/pangprints2008mainpage.html 

Qamanittuaq : http://www.ccca.ca/inuit/english/qamanittuaq.html  

 

L’Art Inuit au McMichael Canadian Art-Collection d’Art Canadien

June 20th, 2008

La collection McMichael d’Art canadien se consacre exclusivement à la collecte et à  l’exposition d’art canadien, incluant l’art inuit et autochtone. La collection d’art inuit du McMichael est une ressource publique majeure qui attire des chercheurs sur l’art et la culture inuit, des collectionneurs engagés et des galeries d’art. 

La collection d’art inuit du McMichael contient des peintures, dessins et sculptures crées dans l’Arctique canadien, utilisant divers matériaux et styles individuels. La collection permanente de la galerie se complète par un long prêt de 100 000 dessins, estampes et sculptures provenant de la West Baffin Eskimo Co-operative Ltd, localisée à Kinngait (Île de Baffin, Nunavut).  

Une exposition temporaire se consacre actuellement à l’art inuit, jusqu’au 30 novembre 2008 ; elle s’intitule : « Kenojuak : From drawing to print » (« Kenojuak : du dessin à l’estampe»). Cet évènement examine la participation de Kenojuak au programme d’estampe de Kinngait en comparant une sélection de dessins de l’artiste et les estampes qui en résultent.  En se focalisant sur la collaboration étroite entre l’artiste et le maître graveur et lithographe, cette exposition montre onze dessins et onze estampes réalisées par Kenojuak. 

« Kenojuak, comme beaucoup d’artistes graphiques inuit, dépend de l’habileté technique des artistes de l’atelier d’estampe pour transférer ses dessins en estampes. Parfois, les changements effectués par rapport à la composition du dessin original étaient minimes. Mais durant le début des années 1970, davantage de changements étaient faits, en particulier dans l’emploi des couleurs et des touches.» note Shana White, conservatrice assistante ayant organisé l’exposition. 

Le McMichael a récemment proposé une exposition dédiée aux premières expérimentations d’estampes lancées en hiver 1957 et aux séries d’estampes suivantes, réalisées par une douzaine d’artistes en 1958. Cette exposition était intitulée : «Saumik : James Houston’s legacy» («Saumik : l’héritage de James Houston»). 

Le McMichael a officiellement ouvert en juillet 1966, à Kleinburg (Ontario, Canada). A l’origine, des collectionneurs privés ont entrepris leur collection d’art dédiée aux artistes canadien en débutant en 1955 la collecte des œuvres d’art de Lawren Harris, Tom Thomson,  Le Groupe des Sept et leurs contemporains. Avec les années, la collection a continué à s’accroître, incluant l’art inuit et autochtone. La collection s’étend aujourd’hui par l’intermédiaire de acquisitions et des donations de collectionneurs d’art privés et corporatifs. 

www.mcmichael.com

 

Tuktuit « les Caribous », dans l’Art et la Société Inuit

June 12th, 2008

Dans la société inuit du passé comme du présent, tuktuit « les caribous » (tuktu au singulier) occupent une place importante. Dans l’art contemporain, en sculpture comme en art pictural (peinture, dessin, estampe), le caribou est l’un des gibiers les plus représentés avec l’ours blanc et le phoque. 

Le caribou reste le plus souvent représenté  par les artistes masculins. En effet, les hommes connaissent parfaitement bien les caribous pour les avoir longuement observés avec attention durant la chasse. Les artistes sont ainsi capables de reproduire avec beaucoup de réalisme ses mouvements, ses attitudes ou ses expressions.

 Le caribou est par exemple le sujet préféré de Tim Pitseolak à Kinngait et Andrew Qappik à Panngiqtuuq. L’animal peut être représenté seul ou en troupeau comme sujet principal de l’œuvre ou comme gibier dans une scène de chasse. Le caribou est aussi souvent associé à des mythes traditionnels. 

Autrefois, les caribous étaient essentiels pour les Inuit en tant que source de nourriture et de matières premières pour la confection des vêtements, la construction des tentes d’été en peaux, la fabrication des traineaux et des outils en os et andouillers, ainsi que la réalisation de sculptures et amulettes.  

L’écrivain inuit Taamusi Qumaq explique ainsi en inuktitut : « Le caribou est un marcheur et un gibier. Il était autrefois énormément  utilisé par nos ancêtres et leurs descendants : sa peau était considérée comme vêtement, sa viande comme nourriture, ses nerfs étaient des fils, sa peau était considérée comme des tentes par nos ancêtres. » (traduction de l’inuktitut)*. 

Aujourd’hui, les Inuit chassent encore les caribous dont toutes les parties sont utilisées : on mange leur viande, crue, gelée, séchée ou bouillie ; leur peau est encore utilisée pour les vêtements comme les moufles  et leurs os et andouillers sont sculptés. 

 * Référence :

Taamusi Qumaq, 1991, Inuit uqausillaringit. Les véritables mots Inuit / The genuine Inuit words, Québec : Association Inuksiutiit Katimajiit / Inukjuaq et Montréal : Institut Culturel Avataq, p. 224. 

 

Succès des estampes inuit en région parisienne

June 9th, 2008

L’exposition vente d’estampes inuit de l’Arctique canadien, organisée dans le cadre des Rencontres internationales d’estampe contemporaine en Val de Loing a été inaugurée le 31 mai dernier à Souppes sur Loing, en région parisienne (France).  Quatre-vingt-trois estampes, une trentaine de sculptures de Kinngait, Panniqtuuq, Puvirnituq et Ulukhaqtuuq, ainsi que des photographies et des objets usuels sont exposés à Souppes-sur-Loing (au sud de Paris) jusqu’au 15 juin 2008. 

Plus de cent-cinquante invités étaient présents à l’inauguration, parmi lesquelles des personnalités des milieux artistiques, culturels, politiques. Madame Louise Blais, directrice du Centre Culturel Canadien à Paris, a insisté sur la dynamique de la culture Inuit dans l’Arctique canadien, tout en soulignant le talent des artistes inuit et la qualité des œuvres d’art ici présentées. 

Qattaugaq Saila, Inuk originaire de Kinngait et fille de la célèbre artiste Pitalusi Saila (Pitaloosie Saila), était également présente. Étudiante à l’Arctic College d’Iqaluit et venue à Paris enseigner l’inuktitut aux étudiants de l’INALCO, Qattaugaq était très émue et fière de voir les œuvres de sa mère et de sa famille exposées en France. 

Pour la plupart des visiteurs, qu’ils soient amateurs d’art, collectionneurs ou simplement curieux,  cette exposition apparaît comme l’occasion de découvrir la culture inuit par l’intermédiaire des œuvres d’art exposées.   Beaucoup se disent enchantés et séduits tant par la créativité des artistes que par la force des estampes.  

Les estampes récentes de l’artiste française Arne Aullas d’Avignon, sont également présentées. Son œuvre s’inspire de ses séjours à Puvirnituq entre 1985 et 1990, alors qu’elle travaillait avec les artistes inuit à l’atelier d’estampe local.  

Les écoles locales ont aussi participé au projet en travaillant sur le thème de la culture inuit et les réalisations des enfants sont présentées à l’étage. Pour marquer cet évènement, un inuksuk a été construit et inauguré lors du vernissage de l’exposition. 

Catalogue d’exposition (contacter : art7events@orange.fr) :Gérard Robin (ed.), 2008, Estamp’Art 77 2008. Art Inuit, texte d’Aurélie Maire, éd. Art Puissance 7 Events, Nemours.

 

Famille d'Oiseaux
Adamie Inukpuk

Oiseau en vol
Joe Poodlat

Transformation
Tukiki Manomee

Tupilak
Anda Silasen

Tupilak
unidentified