Au Sujet de l’Inuktitut et de l’Art
Je me réfère à nouveau à Minnie Aodla Freeman dont j’ai déjà cité un extrait de texte la semaine dernière, pour parler de l’inuktitut (langue inuit) et de l’art.
Nous autres, Inuit, nous nous sommes adaptés et nous avons adopté bon nombre de mot pour décrire certains aspects de notre monde en mutation. Très souvent, nous forgeons un mot qui n’existe peut-être pas dans notre langue pour exprimer quelque chose d’une autre culture. Par exemple, il n’existait pas de mot pour dire « art » en inuktitut. Cela ne veut pas dire que l’art inuit n’existait pas, mais c’étais une chose sérieuse, autrefois. Jadis, les Inuit faisaient des amulettes, des ornements pour le corps et du matériel de chasse, ainsi que des répliques d’objets de la vie courante qu’ils attachaient à leurs vêtements. Une grande partie de l’art traditionnel était exécuté pour des enterrements. Ces objets étaient pris au sérieux.
Aux yeux des Qallunaat [non Inuit], l’emploi par les Inuit de certains charmes peut ne pas paraître très sérieux. L’art traditionnel servait en brande partie à chasser les mauvais esprits ou à porter bonheur lorsqu’un événement survenait, à encourager une jeune personne à être brave et aussi à conduire les morts vers les bons esprits, pour éviter que leur esprit ne flotte dans le néant. On confectionnait fréquemment un charme pour un nouveau né. On en faisait aussi pour resserrer des liens particulièrement étroits. Certains de ces usages sont encore très courants aujourd’hui, en particulier le dernier. Ce n’est que lorsque les Qallunaat ont découvert cet art traditionnel que c’est devenu de l’ « art ».
Aujourd’hui, le mot titirtugait fascine beaucoup les Inuit tels que moi. C’est le mot qui désigne « la gravure ». Les Inuit de Cape Dorset sont d’avis que ce peut être tout autant un mot traditionnel qu’un mot moderne. Ils croient qu’il a été forgé au cours des années cinquante, lorsque la gravure a été introduite et que quelqu’un a essayé de traduire le mot « pochoir ». Ils croient également que c’est un mot qui était tombé en désuétude et qu’on a repris. Les Inuit croient également qu’il désignait autrefois l’écriture pictographique sur des peaux et des défenses. Mais ce qui est important, c’est que tous les Inuit savent ce qu’il signifie aujourd’hui. Pour moi, c’est nu mot dont on débattra pendant des années. C’est comme le mot
Qallunaat. Qallunaat ne signifie pas « les Blancs », il peut signifier soit « les gens aux beaux sourcils », soit « les gens qui ont de beaux objets manufacturés ».
Référence ;
Minnie Aodla Freeman, “Introduction” in Odette Leroux (ed.), 1995, Femmes artistes Inuit, Echos de Cape Dorset, Hull : Musée Canadien des Civilisations, pp. 15-16.





