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Les dessins et les estampes de Pitseolak Ashoona (1904-1983)

Pitseolak Ashoona vécut une partie de sa vie à Kinngait (Cape Dorset) au Nunavut où elle travailla comme artiste graphique. Le texte suivant est extrait de l’ouvrage Pitseolak: Pictures out of my life, édité par Dorothy Eber en 1971 et réalisé à partir d’entrevues menées avec l’artiste (les versions françaises des citations sont notre traduction). « Mon nom est Pitseolak, le mot Eskimo [Inuit] désignant le guillemot à miroir [pitisulaaq]. Quand je vois cet oiseau au-dessus de l’océan : « Il y a par ici de jolis oiseaux ; c’est moi qui vole ! ». […] Je suis devenue une artiste pour obtenir des revenus mais je pense que je suis une vraie artiste. Même quand il n’y a plus de papier à dessin à la Co-op [West Baffin Eskimo Co-operative], les responsables en trouvaient toujours pour moi. Je dessine ce que je ne n’ai jamais vu, les monstres et les esprits, et je dessine le mode de vie passé, les choses que nous avons faites il y a longtemps, avant qu’il n’y ait beaucoup de Blancs. Je ne sais pas combien de dessins j’ai réalisé, mais plus de mille. Il y a maintenant beaucoup de Pitseolak ; j’ai signé mon nom tellement de fois. » (Eber 1971 : 13).   156r-2T_large

Visiteur printanier par Pitseolak Ashoona, gravure sur pierre, 1974

« Je suis née sur l’île Nottingham Island dans la baie d’Hudson. L’année où je suis née, mes parents et mes trois frères commencèrent un long voyage. Ils quittèrent leur campement de Sugluk sur la côte [nord] de la province de Québec et gagnèrent l’île de Baffin pour rejoindre des parents. Ils partirent au printemps et atteignirent l’île Nottingham où je suis née. Le printemps suivant, ils traversèrent le détroit d’Hudson et arrivèrent sur la péninsule Foxe [sud-ouest de l’île de Baffin], à l’emplacement actuel de Cape Dorset [Kinngait]. Mais notre voyage ne se termina pas là et, le printemps suivant, nous suivîmes le détroit d’Hudson pour rejoindre Frobisher Bay [l’actuel Iqaluit]. C’était quand il n’y avait pas du tout de Blancs. Ces déplacements étaient longs et dangereux, surtout quand les eaux étaient tumultueuses ; mais je ne sais pas, ma mère me portait dans son dos [Pitseolak Ashoona était donc âgée entre zéro et trois ans]. Nous faisions tous ces déplacements à l’aide d’un bateau en peau de phoque [umiaq]. » (Ibid. : 14). 194r-2_large

Chiens traversant lentement la rivière par Pitseolak Ashoona, gravure sur pierre et pochoir, 1980

« En été comme en hiver, nous avions pour habitude de nous déplacer. En été, il y a toujours de gros moustiques. J’ai fait de nombreux dessins illustrant les migrations saisonnières durant l’été et j’y ai toujours représenté des moustiques. Je n’aime pas les insectes. » (Ibid. : 34) 82-L24_large

Moustiques par Pitseolak Ashoona, lithographie, 1982

« Parfois, quand nous campions pour la première fois  dans un endroit, nous construisions un inuksuk. […] Autrefois, nous avions différentes sortes de logements, selon les saisons. Nous avions l’igloo [iglu], le kaamut [qarmaq], une habitation faite de pierre et en été, nous utilisions des tentes faites de peaux de phoque. En hiver, cela m’est égal si nous avions un igloo ou un kaamut, tant quenotre famille avait un abri. Pour construire un igloo, nous devions avoir la neige adéquat, mais je ne sais pas de quelle sorte : ce sont les hommes qui construisent les igloos. Je me souviens que quand j’étais une petite fille, j’ai essayé une fois de construire un igloo, mais il avait un drôle d’aspect car il était étroit et haut ! Peut-être qu’il fallait une heure pour construire une maison de neige, mais aujourd’hui [vers 1970], on n’y fait pas attention. C’est mieux d’avoir conscience du temps. Ça allait sans montre, mais c’est bien aussi de savoir l’heure. Aujourd’hui, j’ai l’habitude de regarder l’heure. L’igloo pouvait durer tout l’hiver mais il fondait parfois et l’eau ruisselait depuis le sommet du dôme, à cause de la chaleur de la kudlik (qulliq, lampe à huile). » (Ibid.: 34-35).

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Campement à Igalalik par Pitseolak Ashoona, gravure sur pierre, 1973

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Tente de peaux par Pitseolak Ashoona, eau-forte, 1968

 « Parfois, quand je vois des reproductions de mes dessins et de mes estampes dans des livres, je ris. Je ris en pensant qu’ils sont devenus quelque chose. » (Ibid.: 78).  

Source: EBER, Dorothy. 1971. Pitseolak: Pictures out of my life. From interviews by Dorothy Harley Eber. With the drawings and prints of Pitseolak Ashoona/Pisiulak unikatuaq inuusiulauqtumik. apiqsinisuni nipiliarilauqtunga uma tasi igpu. Pisiula asuna titiqtugangit. Montréal: Design Collaborative Books.

Toutes ces estampes sont disponibles en ligne, sur notre site: http://inuitartprints.com/collections/cape-dorset-prints-kingait-prints?page=3

 
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