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Chamanisme : le pouvoir de l’angakkuq

NOTE: Le texte suivant est extrait de AUPILAARJUK, Mariano et Tulimaaq, et Bernard SALADIN D'ANGLURE, (Dir.), 2002, Entrevues avec des Aînés Inuit. Volume 4. La Cosmologie et le Chamanisme Inuit, avec la participation de Mariano et Tulimaaq Aupilaarjuk, Bernard Saladin d’Anglure et les étudiants qui ont participé au projet : Susan Enuaraq, Aaju Peter, Bernice Kootoo, Nancy Kisa, Julia Saimayuq, Jeannie Shaimayuk, Mathieu Boki, Kim Kangok, Vera Arnatsiaq, Myna Ishulutak et Johnny Kopak; et Denise Nevo, Iqaluit: Nunavut Arctique College.

 

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Tattooed shaman par Pitaloosie Saila, Cape Dorset, 2008

(http://inuitartprints.com/collections/cape-dorset-prints-kingait-prints/products/tattooed-shaman-by-pitaloosie-saila)

Le chamanisme (angakkuuniq en inuktitut) est un thème populaire dans les arts inuit, alors que les chamanes (angakkuit et angakkuq, au singulier) étaient autrefois nécessaires pour la survie. Lukassie Nutaraaluk, un aîné d'Iqaluit décédé en 2001, expliquait:

Nutaraaluk : « Il y avait deux types d’angakkuit. Ceux qui utilisaient leurs pouvoirs pour tuer les gens et ceux qui essayaient d’aider les gens en les soignant. Ces angakkuit étaient plus puissants que les docteurs parce qu’ils pouvaient ramener à la vie une personne décédée. C’était comme ça. Ce sont les choses que j’ai entendu dire à propos du chamanisme. Je n’ai jamais vu moi-même d’angakkuq en train de pratiquer, mais je crois fermement que les angakkuit pouvaient attirer les animaux sauvages. Ils pouvaient descendre voir Sedna pour découvrir pourquoi le gibier restait là-bas, en bas. Ils pouvaient lui demander pourquoi elle retenait tous les animaux chez elle. Même les caribous pouvaient y être retenus. Si on avait manqué de respect aux animaux d’une manière ou d’une autre, alors les chasseurs ne trouvaient plus de gibiers. On devait bien se comporter avec les animaux, car quand on agissait mal avec eux, ils disparaissaient. C’est ainsi que je peux le mieux décrire ce que le mot angakkuq signifie. Quand j’ai été en visite à Puvirnituuq, j’ai dit que j’étais content qu’il n’y ait plus d’angakkuit, mais on m’a répondu que dans chaque communauté il y avait un angakkuq et que les angakkuit existeraient toujours dans chacune des communautés. C’est ce qu’on m’a dit. » (Ibid.: 10) 558a-2_large

 Shaman possessed par Ohotaq Mikkigak, Cape Dorset, 1999

(http://inuitartprints.com/collections/cape-dorset-prints-kingait-prints/products/shaman-possessed-by-ohotaq-mikkigak)

« Il n’était pas donné à tout le monde de devenir un angakkuq, un chamane. De nombreux Inuit possédaient des pouvoirs ou des dons spéciaux comme celui d’arrêter le saignement d’une blessure en la léchant, celui d’interpréter les rêves, le don de prémonition, le don de faire apparaître du gibier, le pouvoir de divination etc…mais il fallait de plus être reconnu comme chamane. Il y avait des vocations précoces pour le chamanisme qui pouvaient survenir dès avant la naissance, comme ce fut le cas d’Ava, rencontré par Rasmussen à Igloolik en 1922. Alors qu’il était encore dans l’utérus d’Ataguarjugusiq, sa mère, une femme chamane lui prédit un destin chamanique car il réagissait à tout manquement aux prescriptions rituelles imposées à ses parents, et elles sont nombreuses, quand une femme attend un enfant. L’accouchement fut difficile et le bébé naquit presque mort, étranglé par son cordon ombilical. La même femme chamane, appelée à la rescousse, sauva l’enfant et confirma son premier diagnostic, tout en imposant aux parents et à l’enfant de très nombreuses restrictions. Il y avait aussi des vocations tardives qui survenaient à l’occasion d’un événement exceptionnel, comme un accident grave, ou la perte d’un proche, ou encore la rencontre avec un esprit…il s’agissait alors de chamanes auto-promus et dotés de pouvoirs très grands; mais la contrepartie en était une vie écourtée. Trop de pouvoir était dangereux. » (Ibid.: 33)

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Calling spirit par Myra Kukiiyaut, Baker Lake, 1977

(http://inuitartprints.com/collections/baker-lake-prints-qamani-tuaq-prints/products/calling-spirit-by-myra-kukiiyaut)

« La majorité des vocations chamaniques survenaient au moment de l’adolescence et donnaient lieu à un apprentissage sous la direction d’un ou de plusieurs chamanes reconnus. La durée de cet apprentissage variait selon les groupes, mais elle s’étalait habituellement sur plusieurs hivers. Le premier objectif en était un d’initiation au langage des esprits et à la conduite des rituels, privés et publics. Puis venait l’acquisition de la clairvoyance (qaumaniq) qui se traduisait par une aura claire et brillante, visible par les animaux, les esprits et les chamanes. Il fallait de longues périodes d’isolement et d’abstinence pour acquérir une forte qaumaniq. Certains candidats n’y parvenaient jamais. Selon Aupilaarjuk, les chamanes ou les tuurngait qui commettaient de mauvaises actions avaient une aura très sombre (taarniq). La dernière phase de l’apprentissage était l’acquisition de tuurngait, des esprits auxiliaires. Ils étaient nombreux à solliciter les apprentis chamanes dotés d’une qaumaniq, aura, brillante. Mais il fallait être prudent avant d’accepter leur collaboration. Il était préférable pour un apprenti, d’attendre que son maître-chamane lui offre de partager l’un de ses tuurngait. Ces tuurngait étaient des esprits de tous genres, comme les tarniit, les âmes des parents décédés, ou les grandes figures mythiques, les esprits-maîtres des différentes espèces animales ou de toute entité de l’espace comme les corps célestes, du monde terrestre ou aquatique, esprit d’un lac, d’une montagne, d’une rivière, ou encore des esprits invisibles appartenant à des entités ressemblant beaucoup aux humains. Tous ces esprits pouvaient prendre forme humaine; certains étaient composites dans leur apparence, sortes de chimères. Il y avait des esprits masculins et des esprits féminins, des géants et des nains…. Lorsqu’il avait obtenu l’aide de divers tuurngait, l’apprenti chamane pouvait opérer par ses propres moyens; il pouvait prouver ses capacités en répondant aux demandes d’aide de particuliers, en soignant les malades, ou en réalisant des performances publiques. Il y avait cependant des situations d’urgence où l’on n’avait pas le temps d’organiser des séances chamaniques (sakaniq); on avait alors recours à des incantations (irinaliutiit), récitées ou chantées, ou à des prières criées (qinngarniq). Les chamanes les utilisaient, mais les profanes aussi, quand ils avaient été initiés. » (Ibid.: 34) DSC01921_large  

A man at his hunting ground with an evil spirit par Josie P. Papialuk, Puvirnituq, 1988

(http://inuitartprints.com/collections/povungnituk-prints-puvirnituk-prints/products/a-man-at-his-hunting-ground-with-an-evil-spirit-by-josie-p-papialuk)

Référence AUPILAARJUK, Mariano et Tulimaaq, et Bernard SALADIN D'ANGLURE, (Dir.), 2002, Entrevues avec des Aînés Inuit. Volume 4. La Cosmologie et le Chamanisme Inuit, avec la participation de Mariano et Tulimaaq Aupilaarjuk, Bernard Saladin d’Anglure et les étudiants qui ont participé au projet : Susan Enuaraq, Aaju Peter, Bernice Kootoo, Nancy Kisa, Julia Saimayuq, Jeannie Shaimayuk, Mathieu Boki, Kim Kangok, Vera Arnatsiaq, Myna Ishulutak et Johnny Kopak; et Denise Nevo, Iqaluit: Nunavut Arctique College.   (English version of this text is available on: http://inuitartprints.com/blogs/news/12001753-shamanism-the-powers-of-the-angakkuq)
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