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Représentation mythologique par Mattiusi Iyaituk: « Sirène veut voler »

Mermaid wants to fly, 2010 Mattiusi Iyaituk, Mermaid wants to fly (Sirène veut voler), 2010. Mattiusi Iyaituk vient d’une famille artistique. Il explique:

Mon frère Nutaraaluk était mon professeur et ma figure paternelle. [Il] m’a enseigné la plupart de ce que je sais au sujet de la vie sur terre et sur mer. Il m’enseignait de façon traditionnelle, en parlant peu. Il y avait des moments où il traînait intentionnellement derrière nous, suivant nos traces en motoneige vers la carrière de pierre, probablement pour s’assurer que je connaissais bien le chemin. Si je prenais la mauvaise direction, il accélérait et me dirigeait dans la bonne direction, ralentissant éventuellement pour me laisser être en tête. […] Je me suis intéressé à la sculpture et je continue de sculpter aujourd’hui. Grâce à lui, je suis un  artiste. » (Mitchell 1988, notre traduction)

Mattiusi a beaucoup à dire au sujet de son art, partageant ainsi son point de vue : « Je puise mon inspiration auprès des gens autour de moi, de ma vie de famille ou de mon expérience du territoire, et parfois la pierre m’inspire » (Iyaituk 1996, notre traduction).

Quand vous regardez mes sculptures, vous ne comprenez pas tout de suite. Pour cette raison, vous avez la liberté de rêver. Chaque personne a ses propres opinions au sujet de l’art, alors je mets simplement un titre à chaque pièce et je laisse le reste au rêve. J’ai commencé à sculpter des formes abstraites en 1979. Un jour, j’ai fait la sculpture d’un homme, mais je ne l’aimais pas. Alors j’ai juste réalisé une forme sur un côté. Depuis, je réalise des sculptures aux formes abstraites. J’incruste également différents matériaux comme des andouillers de caribou ou des pierres de différentes couleurs pour les visages ou d’autres détails tels que des outils. L’incrustation de visages en os est une ancienne forme d’art pratiquée par les premiers sculpteurs inuit. Mes œuvres se situent dans deux mondes parce que les formes abstraites que j’utilise sont considérées par beaucoup comme de l’art moderne, mais je combine des formes abstraites avec la technique de matériaux incrustés des anciens sculpteurs inuit. Avant 1979, je faisais des sculptures comme ce que je voyais à Ivujivik (Nunavik, Nord du Québec). J’avais l’habitude d’inclure des détails dans mes sculptures comme n’importe qui d’autre jusqu’à ce que je tombe en amour avec les formes abstraites. Les formes abstraites me font me sentir bien, je sais donc que cette forme d’art est bonne pour moi. (Tuttavik 1995, notre traduction)

  Mermaid who wants to fly, 2010, détail. Ses sculptures nous font effectivement rêver. Sa « Sirène veut voler » (« Mermaid wants to fly ») est liée à un mythe de la tradition: celui de Uinigumasuittuq, « celle qui ne voulait pas se marier » également connue par les non-Inuit sous le nom de Sedna ou Takanalaaluk (« la Grande des profondeurs d’en bas », ou encore sous le nom de Nuliajuk et Tallijulajuk, selon les régions arctiques (voir l’une de nos anciennes publication à ce sujet sur le blog). « Sirène veut voler » a été réalisée en stéatite et andouiller de caribou, comme l’artiste aime combiner les matières et les surfaces. Selon cette idée, le visage de son personnage est puissant, avec une forte expression, alors que le reste de son corps n’a pas été poli et apparaît dans de douces formes abstraites. Le visage est entouré de petits trous marqués dans la pierre qui symbolisent à la fois les tatouages féminins traditionnels et le contour du capuchon de son amauti (vêtement féminin traditionnel). Cette sirène veut voler comme le font les chamanes, par la pensée, ce qui est appelé en inuktitut qaumaniq. Mattiusi Iyaituk était le président de la Fondation d’Art Inuit (qui a été récemment dissoute en raison d’un manque de financement) et il est très bien informé au sujet du marché de l’art inuit contemporain. Lors d’une entrevue réalisée pour le magazine Inuit Art Quarterly, il déclara : « Je suis conscient que l’art du Nunavik, où je vis, n’est pas suffisamment vu dans les galeries d’art et les gens n’écrivent pas assez à son sujet. L’une des raisons pourrait être que nous ne produisons plus autant que nous le faisons autrefois. (Iyaituk 1998, notre traduction).   Références Iyaituk, Mattiusi, (1996) « The Contemporary Living Art: An excerpt from an interview by Dave Depper », Inuit Art Quarterly, vol. 11 (1):4-5. Iyaituk, Mattiusi, (1998), « All it takes is Knowledge, Money, and Time » Inuit Art Quarterly, vol. 13 (3):3. Mitchell, Marybelle, (1988), « The Iyaituk brothers : Nutaraaluk and Mattiusi. » in Marybelle Mitchell (Dir.) Inuit art: an Anthology, Winnipeg: Watson and Dyer, p. 64-75. Tuttavik, I. (Dir.), (1995). Biographies of Inuit Artists, Winnipeg, Montréal, Ottawa: Tuttavik Inc. for Arctic Cooperative Ltd., Winnipeg, La Fédération des Coopératives du Nouveau Québec, Montréal, Indian and Northern Affairs Canada, Ottawa.    
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