Inuitartzone.com

Les sculptures de Kinngait (Cape Dorset)

Depuis la fin des années 1940, la création artistique est devenue de plus en plus populaire auprès des Kinngarmiut (les habitants de Kinngait), alors que les Inuit acquéraient davantage d’expérience en tant que sculpteurs, dessinateurs ou maîtres-graveurs, bénéficiant ainsi d’une reconnaissance au gré de la vente de leurs œuvres d’art sur la scène artistique internationale. La sculpture est sans aucun doute la principale pratique artistique au sein des communautés inuit canadiennes et Kinngait est la plus réputée dans ce domaine.

Sculptures de pierre et autres matériaux*

La West Baffin Eskimo Cooperative (WBEC) Producers Division a trois fonctions majeures: acheter et vendre les pierres, acquérir les œuvres d’art et produire les estampes. La Co-op achète la pierre à sculpter à la fin de l’été ou à l’automne à ceux qui la récoltent et la vendent ensuite aux artistes durant l’année. À une époque, la sculpture de kinngait était uniquement connue pour sa serpentine verte, mais avec le temps, le marché a changé. Aujourd’hui, les gens ont tendance à préférer les ours polaires en marbre blanc ou noir, contrairement aux ours polaires verts!

La pierre à sculpter à Kinngait provient de différents sites de carrières de pierres. Le principal est Kangirsukutaa (ou Korok Inlet) qui fournit la plupart des matériaux à la WBEC. La pierre de ce site est de la serpentine et de la péridotite serpentinisée dont la couleur varie du vert foncé au bleu-vert, incluant les coloris intermédiaires. Le marbre et le silicate serpentinisé vient de Tariujungaju (ou Andrew Gordon Bay), alors que près de là, Igalaalik a du marbre noir très dur. Tatsittuq (ou Markham bay) est connu pour sa pierre de jade vert dont la couleur est parfois appelée « pomme verte ». Le site Nuwata, de l’autre côté de la péninsule de Kinngait, est rarement exploité de nos jours.

La WBEC acquiert principalement des sculptures de pierre. Cependant, des pièces réalisées avec des andouillers de caribou, de l’ivoire et des matériaux mixtes sont également produites et acquises, de même que de la joaillerie et des poupées traditionnelles. Certaines de ces pièces sont vendues localement à des visiteurs, mais la plupart des sculptures sont envoyées dans le sud à la Dorset Fine Arts de Toronto où elles sont vendues. La WBEC est la seule co-operative d’artistes de l’Arctique qui détient son propre système de mis en marché. Les autres co-opératives travaillent avec la Canadian Arctic Producers, l’unique grossiste d’art inuit pour l’Arctic Co-ops Limited.

Les maîtres sculpteurs de Kinngait

Bien que des œuvres de petites dimensions soient encore produites, la plupart des sculpteurs de Kinngait réalisent des sculptures de plus grande envergure depuis les années 1960. Leurs sculptures sont audacieuses, avec des compositions dramatiques dans lesquelles des formes élégantes naturelles aux lignes sinueuses rivalisent avec l’espace et la lumière.

Les artistes les plus habiles commencèrent à sculpter des histoires issues de la tradition orale, ainsi que des scènes de chasse et les activités familiales. Ces sujets sont toujours d’actualité, alors que les jeunes artistes partagent leurs expériences par l’intermédiaire de leurs œuvres. Réaliser des sculptures fait partie de la vie quotidienne de la plupart des familles de Kinngait, suivant les pas des ancêtres qui restent dans les mémoires de tous, parmi lesquels Osuittok Ipellie (1923-2005), Paulassie Pootoogook (1927-2006), ou Pauta Saila (1917-2009) qui sculpta le premier ours dansant.

Tous les artistes apprennent à sculpter en observant leurs grands-pères, leurs pères, leurs oncles ou leurs frères et ils commencent ensuite à sculpter par eux-mêmes. Par exemple, Axangayu Shaa né en 1935, a commencé à sculpter des petits phoques et des oiseaux à l’âge de 15 ans. Il est aujourd’hui connu pour ses morses qui dansent avec vigueur. Ses fils Qavavau Shaa et Pudlalik Shaa sont également d’illustres sculpteurs, après avoir appris de leur père. Axangaju Shaa a deux frères, tous les deux artistes, Tuqiqki Manumi et Qavavau Manumi. Alors que Tuqiqki sculpte des scènes de transformations d’esprits associées au chamanisme, Qavavau réalise des dessins aux riches coloris et avec humour. La génération suivante suivra les pas de leurs aînés, comme Qavavau Shaa (fils de Pudlalik Shaa né en 1993) qui est déjà un sculpteur accompli avec des formes simples, puissantes et légères rappelant les œuvres de son père. Il s’agit-là d’un exemple classique d’une tradition artistique familiale à Kinngait et pour notre plus grand plaisir!

 

Référence

*VLADYKOV FISHER, Kyra, 2008, Guide to Cape Dorset artists. Cape Dorset: Municipality of Cape Dorset, pp.8-9 (notre traduction).

 

Share this
Older Post Newer Post