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Ce que signifie être un Inuk, par Abraham Okpik

Le texte « Ce que signifie être un Inuk », a été écrit en août 1960 par Abraham Okpik qui fut le premier candidat élu Inuit du Conseil des Territoires du Nord-Ouest, en 1965. Le constat d'une société qui subit de profonds changements, évoqué par l'auteur ,cause beaucoup d’inquiétudes aux aînés Inuit et aux responsables du Gouvernement du Nunavut qui travaillent pour  préserver la langue et les savoirs traditionnels inuit. Lisez simplement cela et pensez-y…. Nous, les Inuit, d’où venons-nous et comment sommes-nous arrivés ici ? C’est une grande question pour nous tous, même dans la façon de penser et d’apprendre des Qallunaat. Nous sommes encore un mystère pour eux, mais nos ancêtres sont ceux à qui nous reconnaissons le mérite de tout ce qu’ils ont accompli : vivre, avoir conscience, survivre pendant des siècles avant la venue de l’homme blanc. Certains Qallunaat sont venus ici avec de bonnes intentions pour nous enseigner une meilleure façon de vivre, certains sont venus détruire nos moyens d’existence et notre culture. Mais il y a une chose que nous ne devons pas oublier, c’est comment nos ancêtres ont réussi à nous amener de si loin, en dépit du froid rigoureux et dans la recherche constante de nourriture. L’avons-nous oublié ? Revenons en arrière cinquante années en arrière et comparons les conditions de vie de notre peuple alors avec celles de notre milieu de vie actuel. Nous avons gagné très peu de choses que nous pouvons ajouter à ce que nous ont laissé nos aïeux. Aussi, aujourd’hui, tâchons de nous rendre compte que nous vivons dans le temps présent sans prêter attention à ce que nous perdons, et qu'il s'agit de notre propre culture inuit, celle que nos devanciers nous ont transmise de génération en génération, Allons-nous garder nos traditions du passé, ou allons-nous les oublier pour le meilleur ? Je regrette de dire que nous sommes en train de les oublier, et que si nous ne faisons pas quelque chose pour préserver notre culture, elle va simplement disparaitre. Tout ce que nous avons vu et entendu va disparaitre à jamais, à jamais. […] Tout cela sera perdu, aussi réveillons-nous et faisons renaître nos manières de vivre d’autrefois et notre culture traditionnelle pendant qu’il est encore temps, parce que si nous les perdons, ce sera une tragédie, après tout ce que nos ancêtres nous ont montré. […] Aujourd’hui, si nous pouvons penser comme nos ancêtres et mettre à profit ce qu'ils ont accompli pour nous et, en même temps adopter la manière d'apprendre des Qallunaat, tout en gardant la nôtre, nous irons de l'avant. Nous devons apprendre cette nouvelle culture autant que nous le pouvons, mais nous ne devons pas oublier notre propre culture qui est importante pour nous. Aussi réveillons-nous à un jour nouveau, avec de nouvelles pensées, de nouvelles aptitudes, et une nouvelle manière d’apprendre provenant d’une nouvelle culture. Mais nous devons nous rappeler nos ancêtres qui ont persévéré dans le froid grâce à leurs connaissances et leur ingéniosité. Nous pouvons unir nos connaissances  avec cette nouvelle façon de vivre à la moderne, et alors seulement aurons-nous un avenir prometteur, les connaissances des hommes blancs et notre culture unifiées. […] En ce moment, nous, les Inuit, semblons être divisés en deux dans notre manière de penser. D'un côté les vieux connaissent le mode de vie traditionnel parce que leurs devanciers le la leur ont bien enseignée. De l'autre côté, les jeunes ne sont pas intéressés à conserver leur propre langue. On ne leur enseigne pas à conserver leur propre langue. C'est important d’avoir sa propre langue. Ce sera au moins une chose que nous aurons hérité de nos pères, si nous la conservons. Nous devons être heureux de ce que nous sommes, de vivre, et de travailler ensemble, de garder notre culture vigoureuse. Après tout, nous sommes plus à l’aise dans notre propre langue. Quand nous apprenons à travailler et à vivre à la manière des Qallunaat, nous oublions la manière des Inuit. On ne peut empêcher cela. Nous voulons le progrès et le confort et l'instruction et la sécurité. Nous pouvons avoir ces choses et conserver notre langue. Nous avons besoin de notre langue pour nous garder heureux ensemble. Un Inuk qui a perdu sa langue est complètement perdu. Il n'appartient à rien. Conservez notre langue vivante et gardez  les Inuit en vie. […] La langue inuit est puissante. Elle peut servir à donner plusieurs grandes idées au monde. Si les Inuit eux-mêmes n’utilisent pas davantage leur langue, celle-ci sera oubliée, et très bientôt les Inuit aussi seront un peuple oublié. […] On ne peut pas bien paraître comme un Inuk si on ne peut pas parler comme un Inuk. Il n'y a que très peu d'inuit, mais il y a des millions de Qallunaat, comme pour les maringouins. C'est quelque chose de très particulier et de merveilleux d'être un Inuk - les Inuit sont comme les grandes oies blanches. Si un Inuk oublie sa langue et ses façons de faire Inuit, il ne sera rien de plus qu'un autre maringouin. Merci d’avoir lu ce texte jusqu’à la fin. Ce que dit Abraham Okpik est tellement pertinent que je n’ai pas pu me résoudre à couper son texte…. Source : Okpik, A. (1989). "Qanuq inuuluni tukiqamangaat/What it means to be an Inuk/Ce que signifie être un Inuk", Inuktitut Magazine, 70 : 10-14.
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