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L'éducation traditionnelle des enfants inuit

Elisapee Nutarakittuq, née dans les années 1930, a grandi à Qikiqtarjuaq et Naujaaqjuat (Île de Baffin) au Nunavut. Elle partage ses souvenirs d'enfance : La première chose que nous faisions en nous réveillant, le matin, était de revêtir nos vêtements et nos bottes et d'aller prendre l'air, même avant de manger. Chacun allait à l'extérieur pour commencer sa journée, cela faisait partie des traditions, parce que nous croyions que cela prévenait la paresse. Les mères disaient à leurs filles que si elles ne sortaient pas dehors, elles éprouveraient des difficultés et leur travail serait plus long au moment d'accoucher. Les femmes s'efforçaient donc de suivre cette routine traditionnelle. Nous croyions que tout ce qu'une mère fait durant sa grossesse influence l'enfant qu'elle porte. Si elle va à l'extérieur et s'occupe de ses tâches rapidement, l'enfant viendra au monde rapidement. Si un jeune garçon va rapidement à l'extérieur aussitôt après son réveil, la chasse sera beaucoup plus facile pour lui. Nos parents et les aînés n'avaient pas à nous réprimander très souvent, contrairement aux jeunes d'aujourd'hui, parce que nous les écoutions et respections leurs conseils. [....] Il y avait beaucoup plus de respect des autres, parce que le fait de vivre dans une petite communauté nous rapprochait tous énormément. Quand nous devenions des jeunes filles, on nous enseignait à attendrir les peaux et à coudre les vêtements. Nous étions très heureuses lorsque nous avions fini notre premier vêtement : il s’agissait d'un accomplissement important pour une jeune fille en ce temps-là. Nos mères nous confectionnaient des dés à coudre à l'aide d'épaisses peaux de phoques pour nous récompenser lors de notre premier essai de couture. De fait, les filles semblaient apprendre la couture naturellement. Nous regardions coudre les femmes plus âgées, les imitions et voulions suivre leur exemple. En règle générale, nos débuts étaient maladroits, parce que nous essayions de coudre par nous-mêmes. On ne nous disait comment s'y prendre que lorsque nous commettions des erreurs. Une fille n'avait pas à atteindre un âge donné pour apprendre à coudre. Dès qu'elle manifestait son désir et son enthousiasme pour la couture, elle recevait sa première leçon. Il était également nécessaire d'apprendre les travaux domestiques, comme la bonne façon d'allumer la qulliq (lampe à huile); c'était en ce temps-là la seule méthode de chauffage de la maison. Même si la lampe ne fournissait pas beaucoup de chaleur, nous avions rarement froid parce que la consommation des riches aliments de la nature nous conservait en bonne santé. A cette époque, les gens étaient plus forts, plus déterminés et plus persévérants. En apprenant les techniques nécessaires à la survie, nous n'abandonnions pas facilement. Nous n'avions pas le choix. [...] Les jeunes garçons avaient hâte d'accompagner leur père à la chasse. Ils essayaient de prouver leur force et leur capacité à surmonter le froid. Si un garçon montrait des signes de faiblesse, on reportait l'expérience jusqu'à ce qu'il soit plus âgé et plus fort. Il devait être capable de demeurer au froid durant de longues périodes à la recherche de nourriture avec son père. Il arrivait qu'un garçon pleure et demande à accompagner son père, mais si ses parents jugeaient qu'il n'était pas assez fort, on ne le lui permettait pas. Source : Nutarakittuq, Elisapee, 1990, « Unikaat uqausirijaujullu / Recollections and Comments / Souvenirs et observations », Inuktitut Magazine, 72 : 26-45.
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